Discours prononcé par M. le Maire de Haguenau, au Monument aux Morts de la ville, à l’occasion la commémoration de la fin, en Europe, de la seconde guerre mondiale, le 8 mai 2019

    « Nous soussigné, général Jodl, agissant au nom du Haut Commandement allemand, déclarons par la présente que nous offrons la reddition sans condition au Commandant suprême des Forces expéditionnaires alliées (…) ».

    C’est par ces mots que commence l’acte de capitulation, signé dans la nuit du 6 au 7 mai 1945, à Reims, au quartier général des forces alliées du général Eisenhower. La cessation des combats est prévue, le 8 mai, à 23h01.

    Ainsi finit, en Europe, la deuxième guerre mondiale.

    Ainsi s’effondra, dans le feu, le rêve millénariste du régime national-socialiste, son projet de 3e Reich pangermanique et de race pure gouvernée par le Führerprinzip, c’est-à-dire par le principe d’une organisation basée sur le culte du chef à chaque niveau de l’Etat, depuis la base jusqu’au Führer lui-même.

    Ce deuxième conflit mondial – deux décennies à peine après la fin de la « Grande Guerre » - sema la ruine en Europe et entraîna la perte de dizaines de millions de vies humaines.

    Pour l’Alsace annexée de force, le coup fut très rude aussi, promise, comme elle fut par le Gauleiter Wagner à Hitler en personne, à une nazification aussi rapide qu’irréversible. L’actuelle Moselle et une autre partie de la Lorraine furent dans le même cas.

    Non loin du Champ du Feu, sur les hauteurs de Natzwiller, notre région porte les stigmates béants de cette période. Sous nos yeux, le Struthof reste le témoin tragique de la réalité ultime de ce régime : la contre-vérité d’une humanité catégorisée et hiérarchisée en races, le mythe d’une race supérieure - aryenne et germanique - vouée à dominer le monde et dont il faudrait, à cette fin, reconquérir et préserver la pureté de sang.

    Le prix à payer pour cette pureté est très clairement, aux yeux des nazis, la liquidation physique des êtres humains considérés comme inférieurs du fait, par exemple, d’un handicap, d’une orientation sexuelle jugée non-conforme, d’une pensée politique contrariante pour le régime, et, de manière plus radicale encore, l’extermination des « races » considérées comme nuisibles, à commencer par les Juifs.

    C’est aussi de cela que nous voulons nous souvenir en ce 8 mai 2019, alors même que les relents de l’idéologie nazie refont surface en Europe, jusqu’à nos portes, de manière de plus en plus puante.

    Nous voulons nous en souvenir, car ce jour de la victoire est d’abord celui de toutes celles et de tous ceux, de toutes nationalités – y compris allemande -, de toutes couleurs, de toutes croyances – qui s’engagèrent jusqu’au sacrifice de leur vie pour que triomphe une idée de l’homme et de l’humanité basée sur la liberté, le droit et la dignité de la personne humaine.

    Ce jour de la victoire est aussi celui de celles et de ceux qui se battent, aujourd’hui, pour sauvegarder l’intégrité de notre Nation et de la République dans un contexte international et national difficile : je pense tout particulièrement, en l’occurrence, à nos forces armées et à nos forces de l’ordre.

    Au terme de deux conflits mondiaux qui, sous l’effet de nationalismes exacerbés, dévastèrent notre Europe et une partie du monde en moins de cinquante ans, s’ouvrit, enfin, la possibilité d’une dynamique autour d’un projet européen partagé entre ceux-là mêmes qui s’étaient entredéchirés. A quelques jours d’un rendez-vous citoyen majeur avec l’Europe, attention de ne pas oublier les réalités du passé. Nous sommes partis de loin ! Et même si la route d’une Europe unie, solidaire et forte sera certainement encore longue et semée d’embuches, prenons garde à ne pas sombrer sous le chant des sirènes du passé !

    La démocratie est l’une des contributions majeures de l’Europe au patrimoine de l’humanité, et la paix, dont nous profitons sous nos horizons, fut arrachée au prix que l’on sait !

    Mais l’Histoire nous apprend deux choses au moins :

    La première, c’est que rien n’est définitivement acquis. Jamais !
    Démocratie et paix sont de volonté et nécessitent, génération après génération, des citoyens attachés à la raison et à la vérité.

    La deuxième, c’est qu’il n’y a pas d’avenir heureux pour un peuple qui cherche à avancer les yeux rivés en arrière.